01.02.2006

Le journal des sorties: Bandidas


 

"Quand on joue dans un western, on peut embrasser le cheval mais pas l'actrice" (Gary Cooper)


 
           En réponse aux nombreux courriers que vous nous avez envoyés, fustigeant le dédain avec lequel était traité Bandidas dans la dernière chronique, nous avons décidé de faire notre mea culpa et d’accorder à cette pépite toute la place qu’elle méritait dans nos colonnes. Prêts à tout pour satisfaire la soif insatiable de culture et de vérité de nos chers lecteurs, nous n’avons reculé devant rien, et sûrement pas devant l’indescriptible supplice d’une projection du film, qui n’a eu comme seul mérite de développer notre empathie christique au terme d'une expérience aussi douloureuse qu’une crucifixion.


                                                              La rédaction

 

 



BANDIDAS, Gaumont Parnasse, VO, coup d’envoi : 21h50, pelouse correcte, éclairage puissant, spectateurs : trop.


          Force est de reconnaître qu’au Gaumont Parnasse on fait les choses en grand. Non content de faire payer (au plein tarif pour certains flambeurs que je ne nommerai pas, par respect pour leur famille) les spectateurs dépressifs et/ou avinés qui vont voir des nanars un samedi soir, la direction se permet de vous balancer en apéritif des bandes-annonces au saumon (i.e. nos préférées), à savoir Incontrôlable et Zathura, sorte de Jumanji intergalactique sur lequel j’aurais sûrement l’occasion de revenir. Pour l'instant, place à la féérie avec Bandidas, le premier western poitrinaire.

 


          L’une des principales qualités des films engendrés par la famille Besson est de se passer volontiers de fioritures scénaristiques. Un film ne se construit pas autour d’une histoire ni autour des personnages ou encore moins autour de sentiments. Un film, ça ne se construit pas, ça se vend. Du coup, pour amortir le prix du billet, on rentre directement dans le vif du sujet. En 10 petites minutes, nous connaissons sous tous les angles (sauf, hélas, les plus coquins) Maria (Pénélope Cruz), qui voit son pauvre fermier de père assassiné et Sara (Salma Hayek) qui voit son riche banquier de père assassiné. Notons au passage que pour éviter une énième manifestation des agriculteurs à Strasbourg et les insultes des alter mondialistes, les scénaristes se sont empressés de faire ressusciter le vieux fermier, dont le pacemaker semble avoir été revigoré par la balle reçue en plein cœur. Mais revenons à nos jolis jupons.

 

 

« Et si on revendait, pour une poignée de dollars, la prisonnière du désert à un homme des hautes plaines, pacsé à un pale rider impitoyable de Brokeback mountain ? Ca serait cool, non ? »  


 

 

 


          Alors, en gros, l’histoire est la suivante. Un sous-fifre du Crédit Mut’ de NY sème la terreur dans les villages mexicains, flinguant et spoliant tous les péquenots afin de construire au plus vite le chemin de fer. Si ce genre de pratique pourrait être considéré comme un exemple de bienfaits de la colonisation, si chers à certains députés de la majorité, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit là d’un plagiat lamentable du synopsis d’Il était une fois dans l’Ouest. Le pauvre Sergio Leone doit se retourner dans sa tombe en voyant à quel niveau est retombé le western. Passons.

 

          Mues par des sentiments aussi contradictoires que stupides, les deux pornstars hispaniques se retrouvent à braquer la même banque. A en croire les quelques rires qui ont fusé dans salle, certains spectateurs ont trouvé cette rencontre hilarante. D’autres ont heureusement trouvé cette scène affligeante et symptomatique d’un cinéma régressif qui se complait à nous resservir sans scrupule les mêmes gags éculés. S’ensuivent évidemment les clichés rédhibitoires du buddy movie : disputes, bagarres, piques verbales et jalousie. Les dialogues, qui semblent écrits par une chroniqueuse de Modes et Travaux, donnent mal à la tête et tentent –en vain- de soutenir une histoire à dormir debout.

 

 


          Au milieu de la lutte farouche que je mène alors tant bien que mal contre l’envie de dormir, je me dis que le respect à la lettre du tryptique « first they meet, then they fight, and at the end, they fuck »© aurait eu du bon. Oh oui, une petite scène de pugilat saphique, boueux et humide aurait pu sauver le film. Imaginez : Salma Hayek et Pénélope Cruz se jetant l’une sur l’autre au beau milieu du désert mexicain… Un combat torride où les corps hâlés des deux señoritas dénudées se seraient entremêlés sauvagement, la sueur perlant goutte à goutte sur leurs poitrines suffocantes, où leurs mains avides de surmonter les différences sociales auraient violemment arraché les obstacles textiles à leur désir inassouvi. Le soleil brûlant aurait rapidement désarmé leurs dernières inhibitions, libérant ainsi leurs corps de tigresses de l’emprise de leurs esprits habituellement si vertueux et aurait recouvert la morale catholique -si chère au Mexique- d’un merveilleux voile de volupté. Rajoutez en fond sonore une troupe de mariachis jouant du Céline Dion et vous obtiendrez la plus belle scène éroticoquine de ces 20 dernières années… 

 


          Oui, mais non. De telles audaces cinématographiques sont inconcevables au pays de Besson. Donc au lieu d’approfondir la relation entre les deux héroïnes, on bombarde au premier plan un inspecteur new yorkais, jeune marié et bêta de service. En plus de son exceptionnelle capacité à vautrer les gags visuels, ce charmant minot a un autre violon d’Ingres : la police scientifique. Besson s’engouffre ainsi avec panache dans la brèche ouverte par TF1 et continue la déclinaison du concept de rat de laboratoire en képi. Après les experts à Las Vegas, les experts à Miami, les experts à Manhattan et les experts à la française (la série RIS), voici donc les experts font le Mexique ! A quand les experts contre Dr No ou les experts et les extra-terrestres ?

 

« Le western, ça ressemble au cholestérol : il y a un bon et un méchant » (Jean Lemieux)

 

 


          Le formidable trio se lance dans une série insipide de braquages de banque plus ridicules les uns que les autres. Ils deviennent les sauveurs des petits paysans mexicains à qui ils reversent toutes leurs primes de matchs, paysans qui peuvent enfin manger à leur faim tout en faisant la nique aux méchants capitalistes américains. Sara est tellement heureuse d’aider enfin le Mexique d’en bas qu’elle étale toutes ses connaissances en macroéconomie et nous gratifie d’un cours sur l’étalon-or extrêmement convaincant ! Il fait beau, il fait chaud et la révolution est en marche. Même les « jumeaux » de Salma Hayek semblent vouloir retrouver leur liberté et débordent allègrement du corset de la belle, pour notre plus grande joie de cinéphile, il faut bien le reconnaître. Symptôme identique chez la croustillante Pénélope Cruz qui voit sa robe de paysanne se rebeller et gagner peu à peu son indépendance vis-à-vis d’une poitrine que l’on entrevoit davantage à chaque scène…

 


Le film se termine en apothéose dans un train, au cours d’une scène qui a dû manger la moitié du budget en effets visuels, certes plutôt réussis mais totalement inutiles dans ce genre de navet. On découvre alors que le méchant n’était qu’un banquier renégat et que le patron du Crédit Mut’ of NY est un vieux monsieur, très gentil et philanthrope (craquage total pour un banquier), et qui, sans promettre le grand soir, offre à manger et à boire. Le méchant meurt, tué par celle qui ne savait pas bien tirer (quelle surprise), le peuple est en liesse (« Trop cool, on est pauvres ! »), l’inspecteur retrouve sa femme, au grand dam de Pénélope qui se lamente sur sa virginité persistante (pas crédible un instant), et nous on pousse un gros ouf de soulagement : on a franchi le Galibier. Rideau.

 

 

                                                                   Romain

 

 


BONUS: Bandidas, le phénomène de société.


          Un marketeur éclairé a eu l’idée géniale de créer un blog officiel pour Bandidas. Sur http://bandidas-lefilm.skyblog.com, vous découvrirez en détail toutes les ficelles scénaristiques de ce chef d’œuvre et vous comprendrez pourquoi tout le monde ne devrait pas avoir le droit de vote. Pour vous mettre l’eau à la bouche, voici un florilèges de commentaires laissés par des internautes qui se sont égarés sur ce site (je ne puis concevoir une telle démarche comme volontaire). Inutile de préciser que j’ai laissé inchangés la syntaxe et l’orthographe de ces traits d’esprit.

 

« TROOOOOOOOOOOOOOO bien!!!! merci besson »


                                   « so chic, so glam's, so fashion »


« salut les filles vous etes trop belle surtout toi pénélope je te kif »


                                   « VIVE BANDIDAS 1 PUR FILM »

 


 

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24.01.2006

Les événements 2006 (1)

 

"L'avenir à chaque instant presse le présent d'être un souvenir" (Louis Aragon)

 


          Pour remettre à flots ce blog trop longtemps délaissé, rien de tel qu’une petite virée sur le guide Michelin du film de merde, le recueil Lebon de la daube en pellicule, j'ai nommé l’incontournable Allociné. Mis en appétit par les chatoyantes sorties de cette semaine, qui ont véritablement lancé l'année 2006, je vous propose aujourd’hui un aperçu des daubes en puissance qui vont inonder les écrans dans les prochaines semaines.

 

 


CHAOS. De Tony Giglio. Avec Jason Statham, Wesley Snipes, Ryan Philippe. Sortie le 18 janvier.


Synopsis officiel : Un matin à Seattle, cinq hommes cagoulés font irruption dans une banque et prennent employés et clients en otage. Lorsque la police arrive sur place et boucle le quartier, Lorenz, chef du gang, exige de ne s'entretenir qu'avec une seule personne : l'inspecteur Quentin Conners, suspendu de ses fonctions suite à une sérieuse bavure... C'est à contre-coeur que Conners accepte de reprendre du service, d'autant qu'il doit désormais faire équipe avec un tout jeune débutant dans la police, l'inspecteur Dekker...


Mon avis : Fortement encouragé par un ami cinéphile, j’ai eu le triste privilège de voir ce chef d’œuvre dès le jour de sa sortie, certes en VO mais sur les Champs-Elysées (on ne se refuse rien). Thriller fourre-tout, Chaos multiplie sans remord les clichés et les longueurs pendant 1h30, misant essentiellement sur le casting et sur le pseudo rebondissement de dernière minute pour éviter un renvoi au 22 qui le propulserait directement en vidéo. On découvre comment le soi-disant affrontement explosif entre Le Transporteur et Blade se révèle être finalement qu’une chasse patate avec un petit trapu au crâne dégarni en « Rabo » et un black vieillissant tout droit sorti d’un clip de Run DMC en AG2R. Du coup, profitant de l’apathie générale, Ryan Philippe tire son épingle du jeu et se relance brillamment dans la course au Razzy Award® du meilleur acteur.

 

          Reconnaissons quand même un mérite à cet océan de chienlit et de n’importe quoi : lorsque des spectateurs quelque peu irrévérencieux envers le septième art ingurgitent bruyamment leur jerricane de pop corn, vous empêchant de suivre correctement le film, vous ne prenez même pas la peine de les insulter et profitez même de l’occasion pour demander à votre voisin si le film est encore long… Bref, on s’attendait à rien, on n’a pas été déçu.

 

 


BANDIDAS. De Joachim Roenning et Espen Sandberg. Avec Salma Hayek et Pénélope Cruz. Sortie le 18 janvier.


Synopsis officiel : Mexique, 1880. Sara Sandoval est la fille d'un riche banquier. Maria Alvarez est la fille d'un pauvre fermier. Ces deux jeunes femmes, qui n'ont apparemment rien en commun, excepté leur culture mexicaine, sont entraînées dans la même aventure par le destin et les circonstances.
Avec l'aide de Quentin Cooke, un jeune et idéaliste inspecteur de police originaire de New York, elles vont s'opposer à Tyler Jackson, le représentant de la New York Bank and Trust. Celui-ci a monté un complot visant à saisir illégalement les terres des Mexicains afin de faire passer le chemin de fer...


Mon avis : Bénéficiant d’une esthétique visuelle exemplaire (Thierry Arbogast devrait sans problème recevoir le César de la meilleure photo), d’un scénario original et de dialogues incisifs à la sauce Audiard, Bandidas est sans conteste LE film de ce début d’année. Besson nous surprend une fois de plus en redonnant toutes ses lettres de noblesse à un genre –le western- souvent mis à mal ces dernières années. En superbe(s) forme(s), les deux héroïnes s’en donnent à cœur joie et nous entraînent dans un tourbillon d’action, d’humour et de charme, concoctant en 1h30 un cocktail explosif qui saura séduire toute la famille.

 

        Mais ce feu d’artifice fait également la part belle à l’engagement politique habituel de Besson qui distribue avec maestria quelques piques contre le capitalisme sauvage et nous incite à réfléchir aux conséquences désastreuses de l’appât du gain et de l’exploitation de la populace par le monde des affaires et les mass media… La bande-son énergique d’Eric Serra apparaît comme la cerise sur ce gâteau déjà bien garni qui nous fait sortir de la salle le sourire aux lèvres et le cœur léger. Bref, un film engagé et engageant dans la lignée d’un Taxi 2 ou d’un Yamakasi. On en redemande Môssieur Besson! 

 

 


DONJONS ET DRAGONS – La puissance suprême. De Gerry Lively. Avec Marc Dymond, Clemency Burton-Hill, Bruce Payne. Sortie le 1er février.


Synopsis officiel: Damodar prend possession du Globe Noir, source des quatre éléments fondateurs : l'Eau, la Terre, le Vent et le Feu. Grâce à lui, il détient le pouvoir absolu et invoque le Dragon Noir pour détruire le royaume d'Ismir. Le déclin approche et une armée se met en place pour sauver les habitants, mais il reste peu de temps avant le réveil du Dragon.
Cinq combattants, Berek, Lux, Nim, Dorian et Ormaline, partent alors braver tous les dangers et résoudre les énigmes qui les mèneront au Globe avant qu'il ne soit trop tard...


Mon avis : Plébiscité par un nombre effrayant d’autistes s’adonnant aux joies des jeux de rôle, Donjons et Dragons avait déjà fait l’objet d’une première adaptation cinématographique il y a quelques années. Torpillé par les critiques, ce premier opus avait cependant réussi à trouver son public (plus d’un million d’entrées), probablement chez les jeunes à l’acné pustuleuse et à la chevelure dégoulinante d’huile qui passent leurs soirées à peindre des figurines Warhammer au lieu de lire le Bismarck de Lothar Gall (collection biographies Fayard).


          Ces mêmes jeunes seront donc ravis de voir qu’on a remis le couvert et de constater que si le ridicule ne tue pas en général, il arrive même à faire recette à Hollywood. Du coup, rebelote : la presse s’est fait plaisir en démantelant le donjon pierre par pierre et en flinguant le dragon en plein vol comme une vulgaire gallinette cendrée… Une boucherie. Même Première, pourtant habituellement d’une indulgence coupable, y est allé de son petit mot méchant. Au vu de cette prometteuse unanimité quant à la qualité de l’œuvre, ce Donjons et Dragons devrait  éclabousser de toute sa classe le début 2006. A ne pas manquer.

 

 

 


INCONTROLABLE. De Raffy Shart. Avec Michaël Youn, Hélène De Fougerolles, Thierry Lhermitte. Sortie le 8 février.


Synopsis officiel : Imaginez. Un beau matin, votre corps décide de ne plus vous obéir. Pire, il n’en fait qu’à sa tête, prend un malin plaisir à vous mettre dans les situations les plus humiliantes, et passe son temps à vous vanner avec la voix de l’âne de Shrek ! Cet étrange phénomène, c’est ce qui arrive au pauvre Georges, devenu incontrôlable bien malgré lui…


Mon avis : Enfin. Enfin, Michaël Youn daigne revenir ensoleiller le septième art de sa divine présence. Après avoir fait oublier Clark Gable dans le rôle d’Iznogoud l’année dernière, le voici donc de retour sur nos écrans dans le rôle du malheureux Georges qui voit un jour son corps échapper à tout contrôle. Ce personnage qui semble tout en intériorité, bien loin des enfantillages de la Beuze, les 11 commandements et autres consorts, devrait révéler une nouvelle facette de Michaël au grand public. Enfin on l’espère. Pour lui. Ben oui, vu que monsieur l’artiste a souhaité se mettre en danger pour ce rôle en prenant 18 kilos en 2 mois afin de mieux correspondre au personnage qu’il devait incarner, il faut espérer que les recettes du film parviennent à couvrir les notes de frais du gastronome !

 

          Je sens poindre un fond de consternation au fond de votre regard à la lecture de ces lignes. Comment peut-on accepter de prendre 18 kilos pour jouer dans une merde pareille ? Evidemment, Shart n’est pas Scorcese, Le Morning Live n’est pas l’Actors Studio et Youn n’est (certainement) pas De Niro, mais enfin bon : Raging Bull a déjà été fait alors pourquoi pas tenter le coup avec un autre film ? Personne n’y croit mais peu importe, quelque soit l’issue, le nouveau régime alimentaire de Michaël, à base de Kebab, lui permettra de roter encore plus fort dans son mégaphone matinal !  

 

 

          4 films de merde en 3 semaines, que demande le peuple? En plus, avec de tels joyaux à l'affiche, les gens de la profession ne pourront pas dire que la qualité n'est pas au rendez-vous et que les gens ne vont voir que des choses légères! La poésie et le cinéma d'auteur ont encore de beaux jours devant eux, et ça, ça fait plaisir.

 

                                                                       Romain

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01.12.2005

Cyborg

 

Il hante nos rêves les plus invraisemblables depuis des temps immémoriaux.
Son corps d’éphèbe a fait complexer et fantasmer des générations entières d’étudiant(e)s aux cheveux gras et au physique de radio.
Son talent et son érudition philosophique n’ont que peu d’égaux en ce bas monde (comme ça, à vue de nez, je ne trouve que Patrick Sébastien, Soldat Louis et John Grisham à vous citer).
Son ouvrage en finance intitulé « L’Amakudari ou l’impossible application de Bâle II dans les banques japonaises » (traduit en 526 langues et dialectes) aurait mérité nettement mieux que le prix Lorie, décerné par Fan de -le magazine qui fait mouiller les pisseuses.
Il est sans conteste celui qui a redonné à l’Allemagne la volonté d’envahir le plat pays qui est le sien (oui, mais quand ? -Le plus tôt sera le mieux).
Notre patrie reconnaissante lui réserve d’ors et déjà sa place au Panthéon, entre Victor Hugo et Jean Moulin.
Certains l’attendaient dans ces colonnes comme le Messie.
Ne vous tourmentez plus, ne vous lamentez plus, ne vous flagellez plus, le voici.
The Great.
The One.
Jean-Claude.

(Applause)

 

 


"Tu regardes à l'intérieur de toi et tu deviens aware of your own body!" (JC Vandamme)

 

          Tous les historiens du cinéma vous le diront, l’année 1989 représente à coup sûr l’un des plus beaux crûs en JC. Surfant sur le succès inattendu (et toujours inexplicable aujourd’hui) de Bloodsport l’année précédente, « The Muscles from Bruxelles » se lance cette année-là dans deux grandes aventures humaines aux destins et aux retombées diamétralement opposés.


 

          Kickboxer, tout d’abord, chef-d’œuvre parmi les chefs-d’œuvre (comme le prouve ses multiples rediffusions dans les lundi cinéma de la 6), symbole de la vandammania, et seul film à ce jour dans lequel un acteur belge a été autorisé à gambader en pyjama pendant une heure et demie, tout en cassant du bambou, de la noix de coco et du Thaï…


 

          Cyborg, ensuite (ben vu le titre de la chronique on se doute bien que c’était pas Docteur Jivago…), série Z post-apocalyptique, cumulant la lenteur d’un Postman (de et avec Kevin Costner) à l’ineptie d’un Ninja Exterminator et ayant une fâcheuse tendance à évoquer le Sahel dans chacun de ses plans,  des décors au scénario en passant par le jeu des pseudo-acteurs.


          Tourné avec un budget de RMIste, Cyborg fait un peu peine à voir en comparaison des magnifiques fresques en costume qu’a pu tourner Jean-Claude par la suite (Streetfighter, Légionnaire ou même The Order), et il faut bien reconnaître que l’on a plus souvent l’impression d’être planté devant une croûte d’art et d’essai que devant un film d’action avec le « Superman belge » en tête d’affiche. Mais qu’à cela ne tienne ! Mon projet de réhabilitation des chefs-d’œuvre méconnus ne saurait souffrir de considérations aussi prosaïques ! Place donc aux dialogues musculeux, aux inspirations frôlant le plagia, aux allusions bibliques et à notre maître à tous : JC.

 

(Hourras)

 

 

          Dans la foulée d’un prégénérique, qui nous confirme que, décidément, rien ne va plus aux Etats-Unis (une guerre atomique sans merci contre ces pourritures de communistes a fait retomber le pays à l’âge de pierre tandis que la Peste noire est revenue au galop du Moyen-âge pour décimer les quelques malheureux qui avaient réchappé aux radiations), on découvre un décor pour le moins dépouillé, fait essentiellement de cartons et de tôle ondulée, qui donne une brève –mais pertinente- illustration du motto qui inspire ce film : « des guenilles oui, mais avec des chippendales dedans ».


 

          Pour vous donner une idée, l’esthétique et la crédibilité des décors sont proches de celles que l’on peut savourer tous les soirs sur la 3 dans Plus belle la vie, cette franchouillardise écoeurante dans laquelle de gentils Marseillais, retranchés dans leur quartier, résistent encore et toujours à l’envahisseur, et luttent quotidiennement contre la drogue, le crime, l’inflation et les armes biologiques...

 

"Ma femme n'est pas ma meilleure partenaire sexuelle, mais elle fait très bien le ménage." (JC VanDamme)

 

          Pour ce qui est du scénario (sic), vous allez me dire : c’est facile, JC est un cyborg qui doit détruire un méchant cyborg, basané, moustachu et répondant au doux nom de Saddam, pour sauver la championne interrégionale de Lap dance dont il tombé amoureux et accessoirement faire triompher le pays de Bill Cosby… Eh ben, pas du tout. Enfin, pas exactement.

 

          Le cyborg en question est en réalité une femme, présentée comme « magnifique » par la jaquette (qualificatif totalement hors de propos pour décrire un playmobil habillé en combinaison Star trek, et passant le plus clair de son temps à recoiffer la moumoute en poils pubiens qui lui sert de brushing, mais passons…), et qui est chargée de collecter des données scientifiques capitales qui permettront aux rats de laboratoires de mettre au point un vaccin contre la peste.

 

          Manque de pot, elle est capturée par ce que Sarko appellerait des « racailles® », en l’occurrence des pirates cannibales au méchant style vestimentaire, qui veulent garder l’antidote pour eux afin de dominer le monde (chose il est vrai plus facile à accomplir quand on n’est pas en phase terminale d’une peste noire). Ok, classique. Et JC là dedans ? Il incarne un combattant solitaire, taciturne et mal coiffé -à croire que la déchéance capillaire était un leitmotiv sur le plateau de tournage- qui traque sans relâche le chef des « voyous® » afin de se venger d’un vieux coup de pute que lui aurait fait l’autre des années auparavant.

 

          Voilà. Bon, je sais que ce teasing n’est pas clair-clair, mais je voudrais vous y voir ! Essayez donc de vous exciter sexuellement en lisant le GAJA et vous aurez une petite idée de la difficulté à laquelle on est confronté lorsqu’on synthétise un film aussi complexe que Cyborg.

 

 

           La première demi-heure de film est tout simplement transparente. Il ne se passe rien. Mais alors rien du tout. On en vient presque à croire que le réalisateur l’a fait exprès, afin de pouvoir s’attarder sur la psychologie de Gibson (JC) et de Fender (cannibale en chef), dont l’inévitable confrontation finale constitue la seule raison valable de ne pas balancer le film par la fenêtre au bout de quelques minutes.

 


Fender : sorte de croisement entre Edgar Davids (les lunettes) et Joey Star (les dents), il se vêt généralement d’une simple cotte de maille Freddy Mercury qui met parfaitement en valeur son physique « Men’s health » et son tempérament un brin primate. Globalement impitoyable, il sème la terreur partout où il passe et s’est construit une solide réputation de « sauvageon© »  auprès des populations de la côte Est américaine. Il s’entoure d’une meute de sous-fifres anthropophages, plus charismatiques les uns que les autres, et se désespère à longueur de journée de ne pas être encore le maître du monde.    

 


Gibson : jeune minot au regard de braise, il s’affuble le plus souvent de hardes C&A dont la principale fonction est de maintenir à température constante son beau corps sculptural et cuivré. Survivant solitaire, il n’a qu’un objectif : se venger de Fender qui a lâchement saboté la belle vie qui lui était promise quelques années auparavant. Une succession de flashbacks, de plus en plus explicites, et totalement pompés sur Il était une fois dans l’Ouest, nous fait comprendre que Gibson avait fini par trouver l’amour et la sérénité auprès d’une veuve et de ses deux filles.

Mais, un beau jour, Fender se pointe avec ses potes artistes de cabaret et fait endurer à la famille bisounours un châtiment d’une cruauté et d’une gratuité sans nom, elles aussi largement inspirées par le film de Leone (on se surprend d’ailleurs à siffler à musique d’Ennio Morricone). Gibson est tellement obnubilé par son désir de vengeance qu’il en oublie même les scènes de boule (pourtant considérées par le Board comme des figures imposées à ce stade de la compétition) et refuse ainsi les avances d’une romano un peu charpentée qu’il a ramassée en passant dans un bidonville….   

 

  
          Le film commence réellement au bout de trois-quarts d’heure, lorsque que JC parvient à retrouver la trace des méchants au fond d’un immeuble désaffecté (ça coûte moins cher en décor) perdu au fin fond de la campagne (ça coûte aussi moins cher en décor). S’ensuit des combats chiants à pleurer au cours desquels JC fait preuve d’une patience remarquable (au rythme d’un coup de pied à la minute, c’est long, très long) et finit par dessouder quelques acolytes de Fender. Je vous fais grâce d’une description détaillée des combats -si lamentables qu’on les imagine chorégraphiés par Patrick Bosso- et j’en viens immédiatement au rayon de soleil de ce film.  

 

 

"Je crois en Dieu... un plus un égale un. Y'a Jean-Claude, y'a Dieu, dans le même corps. Si on peut s'unifier, on devient ce qu'on appelle les miracles, et chaque personne a le seigneur en soi. We're all one. Je crois VRAIMENT en Seigneur." (JC Vandamme)

 

 

           Alors qu’il est poursuivi dans les égouts par la meute de « jeunes multirécidivistes© », Jean-Claude a l’idée géniale de se planquer en hauteur (au bas mot 3 mètres) en faisant le grand écart entre les parois des murs. Il se retrouve alors dans une position tout à fait originale –sournoise, diront certains- pour poignarder à sa guise l’un des salauds lancés à ses trousses. Ce geste technique d’une pureté elfique aurait du lui permettre de monter sur le podium lors du Trophée Lalique 1988. Hélas, mille fois hélas, le juge soviétique, imbibé d’une idéologie aussi douteuse que vacillante, ne lui avait accordé qu’un 5.1, note d’une sévérité inqualifiable au vu de la performance de JC lors de ce programme libre.


          Le film se termine en apothéose par la fameuse scène de combat tant attendue entre Gibson et Fender. Sous une pluie battante, les deux énergumènes, qu’on croirait échappés du calendrier des Dieux du Stade, s’en donnent à cœur joie et se balancent des coups inlassablement, encouragés par des effets sonores si réalistes que les Inconnus les ont repris à l’identique dans leurs parodies. Evidemment, JC s’en prend plein la gueule au début mais se réveille juste avant de mourir et fout une trempe au grand Noir, dont la tendance à meugler est pour le moins exaspérante.

 

Moi, on m’a dit : « La tendance cette année, c’est d’en faire trop »

 

 

           Mais comme on n’est qu’à 1h10 de film, les producteurs (qui ont fait faillite après ce film, on se demande vraiment pourquoi…) refusent que le méchant ravale sa chique aussi rapidement. Du coup, on se farcit un rebondissement pathétique (qui m’évoque un peu Souviens toi l’été dernier 2) et on découvre ce qu’est l’Apocalypse, la vraie : des méchants qui ne veulent pas mourir et des films de merde qui n’en finissent plus.


          JC triomphe une fois de plus et raccompagne galamment la cyborg (qu’on a du voir 10 minutes en tout et pour tout) chez ses scientifiques de parents. Le regard plein d’une tendre gratitude envers son sauveur, elle est alors frappée d’une soudaine lucidité et s’exclame en désignant JC :


« C’est étrange, j’ai l’impression que cet homme est le vrai remède aux malheurs de ce monde… ».

Tout est dit. Amen.

 

                                                                           Romain

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