08.10.2005

L'ULTIME RECOURS

 

"Ecoute vieux, t'es peut-être à l'épreuve des balles, mais moi je suis un être humain!

- Mais tu sais j'ai pas d'a priori, je travaille aussi avec des êtres humains!"

         

 

          Evidemment, il aurait été de bon goût de lever le rideau de ce blog sur ce que les directeurs artistiques (?) de Rires et Chansons surnomment affectueusement « un grand classique du rire »… Certes, un Kickboxer, un Beowulf ou un Portés disparus auraient eu, sans aucun doute, fière allure comme chronique inaugurale. Pourtant, aujourd’hui, c’est d’un inconnu du peloton que je souhaite vous entretenir. Un de ces équipiers modèles qui passent inaperçus dans les médias mais qui savent comme personne  se laisser glisser pour récupérer des bidons frais.

      

          L’Ultime recours (mauvaise traduction d’un titre original beaucoup plus cul : Bulletproof) résume à lui seul les années 80 : la toute puissance du mauvais goût. Après de longues minutes d’un générique au synthé proprement inaudible, on découvre enfin Frank McBain et son coéquipier noir (soyons original) en planque devant un entrepôt désert un soir de pluie à LA. S’ensuit rapidement une scène de baston très 80s, qui fleure bon le cliché : baskets blanches, blouson de Baseball, dialogues aux couilles qui traînent par terre, gros flingues, cocaïne, trafiquants hispanos… L’inintérêt de cette scène d’ouverture n’a d’égal que son mérite à nous camper la complexité du personnage de Franck : « Je pue peut-être de la gueule, mais j’ai un gros flingue…® »

 

          La deuxième séquence mettant en scène l’inénarrable Frank est tout bonnement surréaliste (déjà que le début n’était pas folichon…). Frank rentre chez lui après la fusillade, une balle dans l’épaule mais un sens de l’humour intact. Il tombe sur une créature pas bégueule, qui s’avère être une collègue qui s’est introduite chez lui par effraction. Jusqu’ici rien d’anormal me direz vous. Il la trouve dans sa baignoire, les seins pleins de mousse, impatiente d’assurer le quota scène de boule de tout bon film de merde. Mais alors là ça tombe mal comme qui dirait. Frank doit faire l’impasse sur cet essai à 5m70 pour soigner son épaule qui dégouline de sang depuis quelques heures. Une gorgée de whisky et le voilà en train de se triturer tranquillement l’épaule devant la glace de sa salle de bain. (A noter au passage la sobriété du jeu de Gary Busey, style BEP Actors Studio…) Et alors là banco : une fois la balle extraite, Frank la met dans un bocal avec toutes les autres (une quarantaine, n’ayons peur de rien) qui ont déjà meurtri son corps de rêve. En moins de 20 minutes voici le titre du film justifié ! Chapeau messieurs les scénaristes. Inutile de préciser qu’après ce petit contretemps médical, Frank enchaîne directement avec la partie fine suggérée précédemment par sa collègue (malheureusement coupée, rangez vos mouchoirs…).

 

 

Rambo n'était qu'un pédé pour se cautériser à la poudre d'explosif...

         

         

          La suite de l’histoire est toute aussi passionnante. L’armée américaine envoie au Mexique (ne me demandez pas pourquoi le Mexique) son arme absolue, « Coup de tonnerre », l’arme qui changera la face du monde, celle qui fera passer Hiroshima pour un feu de la Saint-Jean… bref, un tank. Enfin, un gros tank, pas un truc de tapette. Et pis tout équipé l’engin: lance-roquettes, radar, cafetière, sièges en cuir, jantes alliage et kitchenette ! Ne parlons pas de son look, plus proche de celui d’une BX Leader que d’un véritable blindé… Mais là, pas de bol, les Yankees tombent sur un congrès international de terroristes en tout genre bien décidés à piquer le « Coup de tonnerre ».Malgré leur efficacité douteuse (les mecs qu'ils butent ont tendance à se relever pour figurer dans les scènes ultérieures...), ils réussissent à piquer le monstre de taule, emportant au passage l’ancien grand amour de Mc Bain, i.e. une blonde devenue capitaine dans l’armée US.


 

Les méchants: "Mais qu'est ce que c'est que ça?"

- Mc Bain: "Ton pire cauchemar p'tite tête!"

- Les méchants : "Mc Bain !!!"

- Mc Bain: "Ouais..."

   

          Les salauds qui commandent les services secrets décident alors de surfer sur cette coïncidence scénaristique pour pousser Mc Bain à reprendre du service alors qu’il avait démissionné quelques années auparavant après avoir shooté par accident son pote, qui était aussi l’ancien mari de la blonde susmentionnée… Enfin bon, voici Frank reparti sur le sentier de la guerre, bien décidé à tout faire péter ! Et on peut dire qu’il y réussit plutôt bien, affichant des stats de fin match hors du commun, témoignant d'un gros volume de jeu et d’un bagage technique complet. Pendant ce temps, le kidnapping se complexifie lorsque la copine de Frank découvre que les terroristes sont à la solde des Russes, ces sales cocos, ces égorgeurs d’enfants ! Faut dire que ce n’était pas trop dur à comprendre vu que le chef des méchants lui offre de la vodka et du caviar alors qu’ils sont au fin fond du désert mexicain… Mise en confiance par cette perspicacité inhabituelle, la blonde s’en va à l’encontre de tous les préjugés relatifs à sa couleur de cheveux et se lance dans une tirade quelque peu orientée politiquement. Extrait :


- La blonde (s’adressant au méchant terroriste syrien): «Vous me faites pas rire, vous me faites vomir ! »
- Le méchant : « Dans mon pays, les femmes ne se permettent pas ! »
- La  blonde : « Dans votre pays, vous traitez vos femmes comme vos chameaux, et vous envoyez des jeunes gens à la mort en prétextant que c’est au nom de Dieu… Mais croyez-moi : personne n’est dupe ! »
- Le méchant (la bave aux lèvres) : « BLASPHEME !! »

 

 

C'est vrai que c'est sévère de sortir directement en DVD mais faites pas cette tête!

         

 

          Finalement, au terme d’une tuerie vite expédiée grâce à la BX blindée, et malgré l’intervention des commandos russes qui attendaient la livraison de l’engin (rebondissement lamentable au vu de la nullité des cocos dès qu’il s’agit de se battre et du manque flagrant de cruauté bien loin de celle de leurs collègues de Rambo 3), Frank retrouve sa blonde, qui s’est en fin de compte bien remise de son viol de la veille, et rentre en tank dans son beau pays.

Romain

 

PS: A savourer absolumment: le running gag du tank électrifié qu'on n'arrive pas à ouvrir...


 

 

Commentaires

de façon que tu résume ce film, c'est un film comique, mort de rire ton résumé.

Ecrit par : pas | 08.10.2005

Chapeau bas ! On attend la suite avec impatience.
PE

Ecrit par : PE | 17.10.2005

Très beau commentaire de ce film avec de nombreuses citations et illustrations. C'est comme ça que tu me fais plaisir...

Ecrit par : Marcel Dib | 23.10.2005

Les commentaires sont fermés.