20.10.2005
LA LOUVE SANGUINAIRE

« Un film torride et effrayant »
Les touristes du marketing ont du faire des heures sup’ pour pondre cette merveille d’accroche commerciale...
Le débat sur la traduction la plus exacte du titre de ce chef d’œuvre du cinéma italien des années 70 (La Lupa Mannara, 1976) a mis à feu et à sang les milieux de la linguistique et de l’anthropologie, d’ordinaire si calmes, voire tout simplement chiants. Ce n’est qu’à la suite de la flamboyante plaidoirie de M. Beaugendre dans un hors série de l’AJDA, en faveur du caractère sanguinaire et non déchaîné de la louve en question, que le TA de Nouhans-le-Fuselier a finalement tranché, permettant ainsi une sortie en DVD de cet opus, et ce pour notre plus grande joie. Après Ultime Recours, qui fleurait bon la testostérone et l’odeur du napalm au petit matin, je vous invite aujourd’hui à un voyage tout ce qu’il y a de plus enivrant, au pays de la sexploitation italienne des seventies, quelque part entre 30 millions d’amis et un vieil érotique de Joe D’amato.
Le générique kitchissime à peine avalé en hors-d’oeuvre, on attaque directement le plat de résistance, la seule chose qui donne un peu de cohérence au ramassis de n’importe quoi que constitue ce film, l’étoile du Berger que chantait Dalida, en un mot : la boule. On découvre ainsi l’aïeule de Daniella Neseri dansant totalement nue (« vas-y chérie, fais l’amour à la caméra… ») au milieux d’un cercle de feu. Nous sommes au XVIIIe siècle (c’est marqué sur la jaquette, n’allez pas croire que les décors soient suffisamment bien faits pour qu’on puisse situer l’action au premier coup d’œil) et la chasse au loup-garou est, de toute évidence, le sport numéro 1 dans la campagne italienne.
La transformation de la belle en bête sauvage vaut son pesant de cacahuètes. Des effets de caméra à vomir, un écran de fumée, quelques cris et paf, voici la sculpturale naïade transformée en louve-garou assoiffée. Enfin, façon de parler. En réalité elle s’est déguisée lamentablement, en s’engonçant dans une combinaison fourrure d’un goût douteux et en piquant la truelle à maquillage de Jeanne Mas. Mais, malgré cette débauche d’énergie pour que le sang du spectateur se glace de frayeur, le résultat est sans appel : elle ressemble à s’y méprendre à Alf, l’extraterrestre éponyme de la série TV. On peut d’ailleurs légitimement se demander si c’est pour cette raison qu’elle termine la scène sur le bûcher…


« Les femmes sauvages n'ont pas de pudeur, car elles vont nues. Je réponds que les nôtres en ont encore moins : car elles s'habillent. » (Jean-Jacques Rousseau)
Comme on peut le constater, les rêves de Daniella (la vraie, pas son ancêtre) sont quelques peu malsains. Et c’est afin d’y mettre un terme qu’intervient alors la caution scientifique et morale du film : le médecin. Dans un style proche de celui du Doc de Love in Fun, il explique au père inquiet (dans un monologue interminable et proprement imbittable) que Daniella souffre de « sexophobie » (à juste titre d’ailleurs, vu qu’elle a été violée étant petite…) et qu’il faut réussir coûte que coûte à lui faire comprendre que le sexe n’est pas sale. Malheureusement, les scénaristes partent en chasse patate dès la fin de ce premier quart d’heure et grillent leur joker Kamoulox : ils font revenir le soir même la sœur de Daniella (qui fait de la physique nucléaire à Berkeley, mais passons…) qui vit depuis des années aux Etats-Unis avec son mari Fabien ! Certes, les études de e=M6 sont formelles : il existe une corrélation positive très forte entre l’apparition impromptue de nouveaux personnages et la multiplication des scènes coquines à l’écran. Néanmoins on ne peut que se lamenter devant l’incompétence des scénaristes italiens sur ce coup là, sans doute trop occupés à se gominer au lieu de trouver un élément déclencheur digne de ce nom…
La nuit suivante, Daniella ne parvient pas à trouver le sommeil, d’une part à cause de cette fichue voix qui l’invite à se transformer à son tour en bête sauvage, et d’autre part à cause d’un iguane entêté qui s’agite frénétiquement sur son bas-ventre, vision hautement érotique s’il en est… Soudain, elle entend un bruit suspect. Elle se lève, congédie son amant reptilien, enfile une nuisette cruellement transparente et s’en va tranquillement mater sa sœur et son beau-frère, qui attaquent leur partie fine. Diaboliquement intriguée par ce coït sur fond de saxophone, la petite Daniella décide alors de suivre les recommandations du médecin et part explorer son corps (elle est d’ailleurs bien la seule à ne pas y avoir songé plus tôt vu qu’elle est gaulée comme une pornstar)…
A ce stade de la chronique, je pense qu’il est nécessaire de faire un point définitif sur les meilleurs temps de passage coquins des différents protagonistes qui jouent dans le contre-la-montre « olé-olé » que constitue ce film. En effet, une fin de chronique un peu plus pudique, voire pudibonde, désarmera sans nul doute les détracteurs éventuels de ce blog, qui ne pourraient alors plus affirmer que je tente d’attirer à tout prix de nouveaux lecteurs, en mettant systématiquement en avant les scènes de boule. De plus, même si ce dernier point était réellement mon objectif, il faut bien reconnaître que leur abondance dans La louve sanguinaire me dépasse quelque peu… Néanmoins, pour ne pas léser les inconditionnels des séquences pubiennes et/ou poitrinaires, et je sais qu’ils sont nombreux, voici un petit récapitulatif des meilleurs moments.
| Repère | Morceaux choisis | Mon avis |
| 1’ | Nu intégral | *** |
| 17’ | Partie fine | *** |
| 19’ | All by myself | *** |
| 25’ | Partie champêtre | ** |
| 30’ | Poitrine arrogante | ** |
| 34’ | Nuisette | * |
| 38’ | Tarte aux poils | **** |
| 45’ | Partie champêtre 2 | **** |
| 49’ | Morgue | ** |
| 56’ | Dos | * |
Voilà c’est fait. Vous pouvez ranger les mouchoirs, la fin de cette chronique souffrira du même mal que Daniella : la sexophobie. De toute façon, après un début prometteur, le film tombe vite dans une routine proche de celle d’Hollywood Night : sexe et violence. Daniella alterne viol et meurtre sauvage sur toute sorte de partenaires, de la nymphomane hospitalisée à la campagnarde esseulée en passant par le dragueur de grands chemins… L’histoire manque tellement de liant que le médecin en chef est obligé de se coltiner une explication de texte pour qu’on s’y retrouve. Tout en alignant des coups proprement hallucinants au billard (doublé par Ronnie O’Sullivan paraît-il), il dévoile le scénario du film dans ses moindres détails à un policier quelque peu interloqué devant la nullité de l’histoire dans laquelle il est partie prenante…
Après une heure de film, visiblement à court d’idée originale et n’osant pas pousser la Bonny italienne à tuer des animaux et des enfants, les scénaristes renoncent définitivement à toute ambition et torchent la fin pour avoir le temps de se racheter un peigne avant que Gigi ferme son étal. Du coup, Daniella rencontre fortuitement un bellâtre du coin, cascadeur de son état (d’où quelques séquences best of Rémy Julienne assez croustillantes) qui tombe amoureux de la belle-un-peu-défraîchie. Daniella, quant à elle, a peur et dans un comportement assez rousseauiste, cherche à fuir la civilisation corruptrice et rêve d’un retour à l’état sauvage. Mais l’amour triomphe de tout, c’est bien connu, et Daniella reste finalement avec son rital.
Et là c’est le drame… Alors que le spectateur a la larme à l’œil, devant la guérison de la belle et son bonheur conjugal (entre soupe de langues et coucher de soleil), et qu’on voit poindre un dénouement en forme de plaidoyer pour la réhabilitation des cas sociaux, un dernier rebondissement vient tout gâcher : Daniella se fait violer par 3 sosies des village people (je sais, cela semble incongru en termes de préférences sexuelles…) et son prince charmant se fait éventrer, le tout au cours d’une scène un peu dérangeante, voire totalement glauque…

Toujours un poil too much ces ritals...
Là, ce ne sont plus les scénaristes qui se font chier, c’est carrément l’ensemble de l’équipe du film, alors on bâcle ! En cinq minutes, Daniella retrouve les meurtriers au petit bonheur la chance et les zigouille. Du coup, le flic qui la cherche a une vision prophétique : il devine que Daniella, retombée au plus bas après cette dernière série de meurtres et la perte de son amant, va essayer d’enfiler la panoplie de louve garou de son aïeule. Et vu qu’au Lido, ils sont plus plume que fourrure, il se dit qu’elle va aller en forêt pour se dandiner nue au milieu des flammes ! Et en moins de deux, notre Daniella se retrouve menottée au fond d’une Fiat ! Sont forts ces Ritals…
Romain
PS : Cette boule de poils indigeste, voire avariée, de Salvatore « Rino » di Silvestro n'aurait-elle pas en fait pour but de rendre hommage à François Truffaut ? Les références ne manquent pas entre L’Enfant sauvage, avec le coté « je viens de la forêt et je découvre la vie », et La Mariée était en noir, avec le thème de la vengeance et la scène de la casse à la fin… Mouais. Ca reste à confirmer quand même.
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08.10.2005
L'ULTIME RECOURS

"Ecoute vieux, t'es peut-être à l'épreuve des balles, mais moi je suis un être humain!
Evidemment, il aurait été de bon goût de lever le rideau de ce blog sur ce que les directeurs artistiques (?) de Rires et Chansons surnomment affectueusement « un grand classique du rire »… Certes, un Kickboxer, un Beowulf ou un Portés disparus auraient eu, sans aucun doute, fière allure comme chronique inaugurale. Pourtant, aujourd’hui, c’est d’un inconnu du peloton que je souhaite vous entretenir. Un de ces équipiers modèles qui passent inaperçus dans les médias mais qui savent comme personne se laisser glisser pour récupérer des bidons frais.
L’Ultime recours (mauvaise traduction d’un titre original beaucoup plus cul : Bulletproof) résume à lui seul les années 80 : la toute puissance du mauvais goût. Après de longues minutes d’un générique au synthé proprement inaudible, on découvre enfin Frank McBain et son coéquipier noir (soyons original) en planque devant un entrepôt désert un soir de pluie à LA. S’ensuit rapidement une scène de baston très 80s, qui fleure bon le cliché : baskets blanches, blouson de Baseball, dialogues aux couilles qui traînent par terre, gros flingues, cocaïne, trafiquants hispanos… L’inintérêt de cette scène d’ouverture n’a d’égal que son mérite à nous camper la complexité du personnage de Franck : « Je pue peut-être de la gueule, mais j’ai un gros flingue…® »
La deuxième séquence mettant en scène l’inénarrable Frank est tout bonnement surréaliste (déjà que le début n’était pas folichon…). Frank rentre chez lui après la fusillade, une balle dans l’épaule mais un sens de l’humour intact. Il tombe sur une créature pas bégueule, qui s’avère être une collègue qui s’est introduite chez lui par effraction. Jusqu’ici rien d’anormal me direz vous. Il la trouve dans sa baignoire, les seins pleins de mousse, impatiente d’assurer le quota scène de boule de tout bon film de merde. Mais alors là ça tombe mal comme qui dirait. Frank doit faire l’impasse sur cet essai à 5m70 pour soigner son épaule qui dégouline de sang depuis quelques heures. Une gorgée de whisky et le voilà en train de se triturer tranquillement l’épaule devant la glace de sa salle de bain. (A noter au passage la sobriété du jeu de Gary Busey, style BEP Actors Studio…) Et alors là banco : une fois la balle extraite, Frank la met dans un bocal avec toutes les autres (une quarantaine, n’ayons peur de rien) qui ont déjà meurtri son corps de rêve. En moins de 20 minutes voici le titre du film justifié ! Chapeau messieurs les scénaristes. Inutile de préciser qu’après ce petit contretemps médical, Frank enchaîne directement avec la partie fine suggérée précédemment par sa collègue (malheureusement coupée, rangez vos mouchoirs…).

Rambo n'était qu'un pédé pour se cautériser à la poudre d'explosif...
La suite de l’histoire est toute aussi passionnante. L’armée américaine envoie au Mexique (ne me demandez pas pourquoi le Mexique) son arme absolue, « Coup de tonnerre », l’arme qui changera la face du monde, celle qui fera passer Hiroshima pour un feu de la Saint-Jean… bref, un tank. Enfin, un gros tank, pas un truc de tapette. Et pis tout équipé l’engin: lance-roquettes, radar, cafetière, sièges en cuir, jantes alliage et kitchenette ! Ne parlons pas de son look, plus proche de celui d’une BX Leader que d’un véritable blindé… Mais là, pas de bol, les Yankees tombent sur un congrès international de terroristes en tout genre bien décidés à piquer le « Coup de tonnerre ».Malgré leur efficacité douteuse (les mecs qu'ils butent ont tendance à se relever pour figurer dans les scènes ultérieures...), ils réussissent à piquer le monstre de taule, emportant au passage l’ancien grand amour de Mc Bain, i.e. une blonde devenue capitaine dans l’armée US.

Les méchants: "Mais qu'est ce que c'est que ça?"
- Mc Bain: "Ton pire cauchemar p'tite tête!"
- Les méchants : "Mc Bain !!!"
- Mc Bain: "Ouais..."
Les salauds qui commandent les services secrets décident alors de surfer sur cette coïncidence scénaristique pour pousser Mc Bain à reprendre du service alors qu’il avait démissionné quelques années auparavant après avoir shooté par accident son pote, qui était aussi l’ancien mari de la blonde susmentionnée… Enfin bon, voici Frank reparti sur le sentier de la guerre, bien décidé à tout faire péter ! Et on peut dire qu’il y réussit plutôt bien, affichant des stats de fin match hors du commun, témoignant d'un gros volume de jeu et d’un bagage technique complet. Pendant ce temps, le kidnapping se complexifie lorsque la copine de Frank découvre que les terroristes sont à la solde des Russes, ces sales cocos, ces égorgeurs d’enfants ! Faut dire que ce n’était pas trop dur à comprendre vu que le chef des méchants lui offre de la vodka et du caviar alors qu’ils sont au fin fond du désert mexicain… Mise en confiance par cette perspicacité inhabituelle, la blonde s’en va à l’encontre de tous les préjugés relatifs à sa couleur de cheveux et se lance dans une tirade quelque peu orientée politiquement. Extrait :
- La blonde (s’adressant au méchant terroriste syrien): «Vous me faites pas rire, vous me faites vomir ! »
- Le méchant : « Dans mon pays, les femmes ne se permettent pas ! »
- La blonde : « Dans votre pays, vous traitez vos femmes comme vos chameaux, et vous envoyez des jeunes gens à la mort en prétextant que c’est au nom de Dieu… Mais croyez-moi : personne n’est dupe ! »
- Le méchant (la bave aux lèvres) : « BLASPHEME !! »

Finalement, au terme d’une tuerie vite expédiée grâce à la BX blindée, et malgré l’intervention des commandos russes qui attendaient la livraison de l’engin (rebondissement lamentable au vu de la nullité des cocos dès qu’il s’agit de se battre et du manque flagrant de cruauté bien loin de celle de leurs collègues de Rambo 3), Frank retrouve sa blonde, qui s’est en fin de compte bien remise de son viol de la veille, et rentre en tank dans son beau pays.
Romain
PS: A savourer absolumment: le running gag du tank électrifié qu'on n'arrive pas à ouvrir...
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