21.11.2005

TV films de merde

         

"La télévision n'est pas le reflet de ceux qui la font, mais de ceux qui la regardent." (Françoise Giroud)

 

 

          Vous trouvez Télé Z trop intellectuel, TV magazine trop politique, et Télé Loisirs tout bonnement inaccessible? Ca tombe bien, Films de Merde vous présente cette semaine son nouveau supplément télé. En un clin d’œil, concoctez des soirées télé irrésistibles qui réjouiront toute la famille ! Des films inoubliables pour des soirées inoubliables.



 
SLIVER. Lundi 21 novembre 2005. M6. 23h15. Thriller. 1993. De Phillip Noyce. Avec Sharon Stone, William Baldwin, Tom Berenger.


 

          Aux aficionados de la proto-boule© (merci CdM pour ce magnifique terme technique que je m’empresse de reprendre ici) qui auraient manqué Liaison fatale la veille sur TF1, ne ratez pas cette daube en puissance au casting de rêve. Si Sharon Stone est totalement égale à elle-même dans son registre de pétasse allergique aux Sloggy, l’intérêt de cet opus réside principalement dans le talent des protagonistes masculins.

          William Baldwin, tout d’abord, énième rejeton d’une famille qui ferait mieux d’utiliser des contraceptifs plutôt que de pousser ses enfants à faire du cinéma, campe un séduisant célibataire qui parvient à conclure avec Sharon grâce à son arme fatale : le regard de friteuse. Tom Berenger, ensuite, aperçu dans The Substitute, acteur absolument dénué de talent et qui ne doit sa présence au générique qu’au lobbying forcené mené par sa mère, qui souffre d’une hypertrophie poitrinaire faut-il le rappeler. Avec un trio aussi magique devant la caméra, comment ne pas passer une bonne soirée?  

 

Mon avis :*** Pour ne pas perdre la main jusqu'à la sortie de Basic Instinct 2.

 

 


THE PATRIOT-le chemin de la liberté. Jeudi 24 novembre 2005. France 3-20h50 . Aventures, 2000. De Roland Emmerich. Avec Mel Gibson, Heath Ledger.


 

          Fresque historique trop souvent mésestimée par le cinéphile de comptoir, The Patriot arrive pourtant en bonne place dans la filmographie de l’incomparable Roland Emmerich, surnommé le « Panzer Trézeguet» à cause de son opportunisme implacable : un film = une merde.

          On découvre ici un Mel Gibson en grande forme qui se glisse comme papa dans maman dans un rôle taillé sur mesure : veuf au catogan cuireux, père de 7 gosses plus insupportables les uns que les autres (les voir mourir un à un a été un vrai soulagement pour mes nerfs), il sombre dans une vendetta patriotique des plus émouvantes, qui n’est pas sans rappeler les règlements de comptes à la Charles Bronson… Pendant plus de 2h30, Mel découpe du rosbif à tire-larigot (à coté, Maïté passerait presque pour une gracieuse danseuse étoile), qu’il nous sert en tranches fines et accompagné de Tchéky Karyo, dans le rôle du gratin dauphinois, tout simplement pathétique en général français qui vient aider son pote le Yankee.   

 

Mon avis : *** Je me le suis farci au cinéma (plein tarif), vous pouvez peut-être sacrifier votre embuscade du jeudi (peau de bête et feu de cheminée) pour le voir à la télé.

 

PS: attention! A ne pas confondre avec le The Patriot de Leslie Nielsen, qui, tout en étant aussi réussi, ne joue pas sur les mêmes leviers émotionnels.

 

 


HANTISE. Dimanche 27 novembre 2005. TF1- 22h35. Horreur, 1999. De Jan De Bont. Avec Liam Neeson, Catherine Zeta-Jones, Owen Wilson.


 

          Une magnifique seconde partie de Ciné-dimanche en perspective avec ce navet soporifique qui vous fera définitivement pester contre la suppression de la seule alternative jusque-là possible : l’érotique de la 6. Remarquez, quelque part on si retrouve un peu au bout du compte, tant la complexité du scénario semble capable de faire basculer irrémédiablement le film dans un genre que la ménagère de moins de 50 ans jugerait quelque peu inopportun à une heure aussi familiale.

          Liam Neeson campe ici un médecin cul-serré qui invite quelques-uns de ses patients (dont la tout à fait cartouchable Catherine Zeta-Jones) à passer un week-end dans une lugubre résidence du XIXe afin de les guérir de leur insomnie chronique. A peine arrivés, ils se trouvent confrontés (de manière tout à fait inattendue au vu du titre du film) au spectre de l’ancien propriétaire, aussi cruel et sournois qu’un Japonais. Et croyez-moi, à coté de ce film d’horreur horrifiant, les jeudis de l’angoisse de la 6 c’était vraiment un truc de volleyeur, enfin de tapette quoi. Brrrr, on en tremble déjà…

 

Mon avis : * Avec ça vous êtes sûrs d'être au lit avant la coupure pub et donc d'attaquer la semaine en pleine forme.


 

                                                                      Romain

01.11.2005

Le journal des sorties: Les Chevaliers du Ciel

 

« Si l’on bâtissait la maison du bonheur, la plus grande pièce serait la salle d’attente » (Jules Renard)

 


          Je reconnais que le principe de cette nouvelle rubrique est un peu déloyal : soupçonner des films  d’être de vraies merdes avant même qu’ils ne soient sortis sur les écrans. Il est indéniable que ce type de commentaire va à l’encontre des grands préceptes républicains de notre chère patrie, à commencer par la présomption d’innocence. C’est par de telles pratiques que des démocraties virent à la dictature et que de simples critiques cinématographiques tournent à la boucherie pure et simple. On ne peut que s’en réjouir. 


          Néanmoins, pour ma défense, et pour avoir entrevu quelques éléments à charge grâce à la bande-annonce, je trouve qu’il serait dommage de bouder notre plaisir en dissimulant la vérité derrière de sombres principes d’éthique et de bienséance, comme le respect d’une œuvre, de son auteur, et de ses amateurs : les Chevaliers du Ciel ont tout pour devenir un grand Film de merde. Qu’on se le dise !

 


Les chevaliers du Ciel 


Film français réalisé par Gérard Pires avec Benoît Magimel et Clovis Cornillac. 
Genre : OVNI
Durée : 1h 42


 

Synopsis officiel :

« Salon aéronautique de Farnborough, Angleterre. Alors qu'il était en pleine démonstration, un Mirage 2000 a disparu au-dessus de la Mer du Nord. Les capitaines Antoine Marchelli et Sébastien Vallois sont immédiatement envoyés en patrouille pour retrouver l'avion. Ils ne tardent pas à apercevoir le 2000 : il vole dissimulé sous un Airbus de Qatar Airways. Le pilote du Mirage les a repérés, il s'est placé en position de combat. Marchelli et Vallois reçoivent l'ordre d'abandonner la poursuite sans délai. Trop tard ! Le 2000 est sur le point d'abattre Vallois. Marchelli va devoir l'éliminer pour protéger son équipier. Cet incident est le prélude d'une gigantesque manipulation. A la clé, le détournement d'un avion de chasse français à des fins terroristes. Une manipulation dont le dernier acte se jouera un 14 juillet dans le ciel de Paris, au dessus des Champs-Elysées. »

 


 
 Quoi ? Les Chevaliers du Fiel ont joué dans Top Gun ? 

   
           Après avoir plombé nos samedis après-midi passés devant les vieilles séries de la 6 pendant de (trop) longues années -ils faisaient alors partie du quatuor magique avec Code Quantum, V et l’Agence tous Risques- les Chevaliers du Ciel ont donc choisi d’aller se scratcher sur nos écrans à partir du 9 novembre prochain. 


          En France on n’a pas l’habitude de lésiner sur les moyens dès qu’il s’agit de pondre de grandes épopées lyriques qui feront date dans l’histoire du cinéma. Les Chevaliers du Ciel ne dérogent pas à cette règle et s’alignent sur la jurisprudence dite « Jerry Bruckheimer vs Chief Justice Marshall » qui préconise un casting coûteux, un scénario écrit au canard WC, des dialogues minimalistes et heideggériens ainsi qu’une prostitution médiatique intense dans les talkshows les plus lamentables du PAF.   


          Derrière la caméra, on retrouve l’incomparable Gérard Pirès, chantre du Film de Merde français,  réalisateur, entre autres, de Taxi, Riders et Double zéro (excusez du peu) et qui ne compte pas s’arrêter en si bon chemin vers le Panthéon de la daube. Du coup on peut légitimement espérer une mise en scène à toute épreuve qui donne vraiment envie d’utiliser les sacs en papier prévus en cas de nausée persistante.


          De l’autre coté de la caméra, la production a convaincu Benoît Magimel et Clovis Cornillac de se lancer dans cette grande aventure humaine. S’ils sont indiscutablement non dépourvus de talent, ces deux acteurs ont aussi tendance à se fourvoyer dans de belles merdes bien commerciales : Les Rivières pourpres 2 pour le premier, dans lequel il combat des anciens nazis, déguisés en Don Camillo, qui font du karaté sous LSD ; Brice de Nice pour le second, synonyme de performance oscarisable dans le rôle d’un analphabète déguisé en Gremlin qui tire un bateau pendant 1h30. 

 

Gégé, tiens ta droite ! Tu vas rayer mes nouvelles jantes alliages !

 


          Le scénario ne semble pas en reste non plus. Le terme « gigantesque manipulation » laisse entrevoir une histoire à dormir debout, multipliant les clichés poujadistes et les dialogues bien sentis, pour finir en un flou non artistique totalement incompréhensible. Bref, une belle fresque à la française sur les coulisses du pouvoir. Je pense qu’on peut espérer un complot ourdis par quelques frustrés visant à renverser la République, un peu dans la lignée de l’inénarrable « La Fille de D’Artagnan », transposé au XXIe avec un couple de pilotes moustachus en remplacement de la poitrinaire Sophie Marceau, non disponible pour le tournage car en pleine prises de vue pour « La Boum 3 : la partie fine contre Dr No »…

 

          A tous les coups, de cruels terroristes, quelque peu basanés, et soutenus par un richissime homme d’affaire français, décident de piquer le Mirage ( ?! Pourquoi pas le Charles de Gaulle ? Ah non je suis con, il est en réparation) pour tuer le Président le jour du 14 juillet ! Gratuitement ? Non. Parce que le Président en question s’opposait au développement d’une nouvelle technologie, contrairement aux espoirs du cupide homme d’affaire. Disons… le clonage. Ouais, le clonage. On vote ? Moi je dis le clonage. Sur ce, on se débrouille pour que les deux meilleurs pilotes soient dans l’incapacité de voler et de déjouer le complot. Mais par un subterfuge digne des Sous-doués en vacances, ils vont réussir à démasquer les coupables, les tuer sans sommation, et sauver le Président. Ouf, on a eu chaud.

 

Et l’adaptation de l’Amour du Risque, ça te tente ?

 


          Lors du bouquet final, qui se déroule le 14 juillet, nos deux pilotes vont prouver aux spectateurs, en larmes devant tant de patriotisme et de ferveur populaire, qu’il est grand temps de défendre notre terre de France (celle de Clovis et de Jeanne D’Arc) contre les sarrasins et ces salauds de politiciens qui s’en mettent plein les fouilles, que le jour de gloire est arrivé pour la France d’en bas et que le temps des cathédrales est venu pour tout le monde ! Maréchal, nous revoilà.
 
          Au milieu de cet hymne au nationalisme aux tendances pétainistes, on espère au moins un caméo de nos champions nationaux de la vente d’armes et des casseroles en tout genre : Jean-Christophe Mitterrand, Pierre Falcone ou même Charles Pasqua en personne. Et avec un peu de chance, ce film redonnera enfin aux gens le goût de la guerre, ce qui permettra à ce cher monsieur Dassault d’accroître son résultat net pour s’offrir du même coup un nouveau fleuron de notre presse nationale : Club Est, Connexion ou Swing.

 

                                                                      Romain

 


PS : Evidemment, tout ceci n’est que supputation. Les Chevaliers du Ciel est peut-être un bon film. Mais si je vous dis que je suis tombé sur un forum sur lequel des internautes qui l’avaient vu en avant-première le comparaient à Furtif (sorti l’été dernier), vous conviendrez qu’il existe quand même de réelles chances pour que ce soit une belle grosse daube.