01.12.2005
Cyborg
Il hante nos rêves les plus invraisemblables depuis des temps immémoriaux.
Son corps d’éphèbe a fait complexer et fantasmer des générations entières d’étudiant(e)s aux cheveux gras et au physique de radio.
Son talent et son érudition philosophique n’ont que peu d’égaux en ce bas monde (comme ça, à vue de nez, je ne trouve que Patrick Sébastien, Soldat Louis et John Grisham à vous citer).
Son ouvrage en finance intitulé « L’Amakudari ou l’impossible application de Bâle II dans les banques japonaises » (traduit en 526 langues et dialectes) aurait mérité nettement mieux que le prix Lorie, décerné par Fan de -le magazine qui fait mouiller les pisseuses.
Il est sans conteste celui qui a redonné à l’Allemagne la volonté d’envahir le plat pays qui est le sien (oui, mais quand ? -Le plus tôt sera le mieux).
Notre patrie reconnaissante lui réserve d’ors et déjà sa place au Panthéon, entre Victor Hugo et Jean Moulin.
Certains l’attendaient dans ces colonnes comme le Messie.
Ne vous tourmentez plus, ne vous lamentez plus, ne vous flagellez plus, le voici.
The Great.
The One.
Jean-Claude.
(Applause)

"Tu regardes à l'intérieur de toi et tu deviens aware of your own body!" (JC Vandamme)
Tous les historiens du cinéma vous le diront, l’année 1989 représente à coup sûr l’un des plus beaux crûs en JC. Surfant sur le succès inattendu (et toujours inexplicable aujourd’hui) de Bloodsport l’année précédente, « The Muscles from Bruxelles » se lance cette année-là dans deux grandes aventures humaines aux destins et aux retombées diamétralement opposés.
Kickboxer, tout d’abord, chef-d’œuvre parmi les chefs-d’œuvre (comme le prouve ses multiples rediffusions dans les lundi cinéma de la 6), symbole de la vandammania, et seul film à ce jour dans lequel un acteur belge a été autorisé à gambader en pyjama pendant une heure et demie, tout en cassant du bambou, de la noix de coco et du Thaï…
Cyborg, ensuite (ben vu le titre de la chronique on se doute bien que c’était pas Docteur Jivago…), série Z post-apocalyptique, cumulant la lenteur d’un Postman (de et avec Kevin Costner) à l’ineptie d’un Ninja Exterminator et ayant une fâcheuse tendance à évoquer le Sahel dans chacun de ses plans, des décors au scénario en passant par le jeu des pseudo-acteurs.
Tourné avec un budget de RMIste, Cyborg fait un peu peine à voir en comparaison des magnifiques fresques en costume qu’a pu tourner Jean-Claude par la suite (Streetfighter, Légionnaire ou même The Order), et il faut bien reconnaître que l’on a plus souvent l’impression d’être planté devant une croûte d’art et d’essai que devant un film d’action avec le « Superman belge » en tête d’affiche. Mais qu’à cela ne tienne ! Mon projet de réhabilitation des chefs-d’œuvre méconnus ne saurait souffrir de considérations aussi prosaïques ! Place donc aux dialogues musculeux, aux inspirations frôlant le plagia, aux allusions bibliques et à notre maître à tous : JC.
(Hourras)
Dans la foulée d’un prégénérique, qui nous confirme que, décidément, rien ne va plus aux Etats-Unis (une guerre atomique sans merci contre ces pourritures de communistes a fait retomber le pays à l’âge de pierre tandis que la Peste noire est revenue au galop du Moyen-âge pour décimer les quelques malheureux qui avaient réchappé aux radiations), on découvre un décor pour le moins dépouillé, fait essentiellement de cartons et de tôle ondulée, qui donne une brève –mais pertinente- illustration du motto qui inspire ce film : « des guenilles oui, mais avec des chippendales dedans ».
Pour vous donner une idée, l’esthétique et la crédibilité des décors sont proches de celles que l’on peut savourer tous les soirs sur la 3 dans Plus belle la vie, cette franchouillardise écoeurante dans laquelle de gentils Marseillais, retranchés dans leur quartier, résistent encore et toujours à l’envahisseur, et luttent quotidiennement contre la drogue, le crime, l’inflation et les armes biologiques...

"Ma femme n'est pas ma meilleure partenaire sexuelle, mais elle fait très bien le ménage." (JC VanDamme)
Pour ce qui est du scénario (sic), vous allez me dire : c’est facile, JC est un cyborg qui doit détruire un méchant cyborg, basané, moustachu et répondant au doux nom de Saddam, pour sauver la championne interrégionale de Lap dance dont il tombé amoureux et accessoirement faire triompher le pays de Bill Cosby… Eh ben, pas du tout. Enfin, pas exactement.
Le cyborg en question est en réalité une femme, présentée comme « magnifique » par la jaquette (qualificatif totalement hors de propos pour décrire un playmobil habillé en combinaison Star trek, et passant le plus clair de son temps à recoiffer la moumoute en poils pubiens qui lui sert de brushing, mais passons…), et qui est chargée de collecter des données scientifiques capitales qui permettront aux rats de laboratoires de mettre au point un vaccin contre la peste.
Manque de pot, elle est capturée par ce que Sarko appellerait des « racailles® », en l’occurrence des pirates cannibales au méchant style vestimentaire, qui veulent garder l’antidote pour eux afin de dominer le monde (chose il est vrai plus facile à accomplir quand on n’est pas en phase terminale d’une peste noire). Ok, classique. Et JC là dedans ? Il incarne un combattant solitaire, taciturne et mal coiffé -à croire que la déchéance capillaire était un leitmotiv sur le plateau de tournage- qui traque sans relâche le chef des « voyous® » afin de se venger d’un vieux coup de pute que lui aurait fait l’autre des années auparavant.
Voilà. Bon, je sais que ce teasing n’est pas clair-clair, mais je voudrais vous y voir ! Essayez donc de vous exciter sexuellement en lisant le GAJA et vous aurez une petite idée de la difficulté à laquelle on est confronté lorsqu’on synthétise un film aussi complexe que Cyborg.
La première demi-heure de film est tout simplement transparente. Il ne se passe rien. Mais alors rien du tout. On en vient presque à croire que le réalisateur l’a fait exprès, afin de pouvoir s’attarder sur la psychologie de Gibson (JC) et de Fender (cannibale en chef), dont l’inévitable confrontation finale constitue la seule raison valable de ne pas balancer le film par la fenêtre au bout de quelques minutes.
Fender : sorte de croisement entre Edgar Davids (les lunettes) et Joey Star (les dents), il se vêt généralement d’une simple cotte de maille Freddy Mercury qui met parfaitement en valeur son physique « Men’s health » et son tempérament un brin primate. Globalement impitoyable, il sème la terreur partout où il passe et s’est construit une solide réputation de « sauvageon© » auprès des populations de la côte Est américaine. Il s’entoure d’une meute de sous-fifres anthropophages, plus charismatiques les uns que les autres, et se désespère à longueur de journée de ne pas être encore le maître du monde.
Gibson : jeune minot au regard de braise, il s’affuble le plus souvent de hardes C&A dont la principale fonction est de maintenir à température constante son beau corps sculptural et cuivré. Survivant solitaire, il n’a qu’un objectif : se venger de Fender qui a lâchement saboté la belle vie qui lui était promise quelques années auparavant. Une succession de flashbacks, de plus en plus explicites, et totalement pompés sur Il était une fois dans l’Ouest, nous fait comprendre que Gibson avait fini par trouver l’amour et la sérénité auprès d’une veuve et de ses deux filles.
Mais, un beau jour, Fender se pointe avec ses potes artistes de cabaret et fait endurer à la famille bisounours un châtiment d’une cruauté et d’une gratuité sans nom, elles aussi largement inspirées par le film de Leone (on se surprend d’ailleurs à siffler à musique d’Ennio Morricone). Gibson est tellement obnubilé par son désir de vengeance qu’il en oublie même les scènes de boule (pourtant considérées par le Board comme des figures imposées à ce stade de la compétition) et refuse ainsi les avances d’une romano un peu charpentée qu’il a ramassée en passant dans un bidonville….
Le film commence réellement au bout de trois-quarts d’heure, lorsque que JC parvient à retrouver la trace des méchants au fond d’un immeuble désaffecté (ça coûte moins cher en décor) perdu au fin fond de la campagne (ça coûte aussi moins cher en décor). S’ensuit des combats chiants à pleurer au cours desquels JC fait preuve d’une patience remarquable (au rythme d’un coup de pied à la minute, c’est long, très long) et finit par dessouder quelques acolytes de Fender. Je vous fais grâce d’une description détaillée des combats -si lamentables qu’on les imagine chorégraphiés par Patrick Bosso- et j’en viens immédiatement au rayon de soleil de ce film.

"Je crois en Dieu... un plus un égale un. Y'a Jean-Claude, y'a Dieu, dans le même corps. Si on peut s'unifier, on devient ce qu'on appelle les miracles, et chaque personne a le seigneur en soi. We're all one. Je crois VRAIMENT en Seigneur." (JC Vandamme)
Alors qu’il est poursuivi dans les égouts par la meute de « jeunes multirécidivistes© », Jean-Claude a l’idée géniale de se planquer en hauteur (au bas mot 3 mètres) en faisant le grand écart entre les parois des murs. Il se retrouve alors dans une position tout à fait originale –sournoise, diront certains- pour poignarder à sa guise l’un des salauds lancés à ses trousses. Ce geste technique d’une pureté elfique aurait du lui permettre de monter sur le podium lors du Trophée Lalique 1988. Hélas, mille fois hélas, le juge soviétique, imbibé d’une idéologie aussi douteuse que vacillante, ne lui avait accordé qu’un 5.1, note d’une sévérité inqualifiable au vu de la performance de JC lors de ce programme libre.
Le film se termine en apothéose par la fameuse scène de combat tant attendue entre Gibson et Fender. Sous une pluie battante, les deux énergumènes, qu’on croirait échappés du calendrier des Dieux du Stade, s’en donnent à cœur joie et se balancent des coups inlassablement, encouragés par des effets sonores si réalistes que les Inconnus les ont repris à l’identique dans leurs parodies. Evidemment, JC s’en prend plein la gueule au début mais se réveille juste avant de mourir et fout une trempe au grand Noir, dont la tendance à meugler est pour le moins exaspérante.

Moi, on m’a dit : « La tendance cette année, c’est d’en faire trop »
Mais comme on n’est qu’à 1h10 de film, les producteurs (qui ont fait faillite après ce film, on se demande vraiment pourquoi…) refusent que le méchant ravale sa chique aussi rapidement. Du coup, on se farcit un rebondissement pathétique (qui m’évoque un peu Souviens toi l’été dernier 2) et on découvre ce qu’est l’Apocalypse, la vraie : des méchants qui ne veulent pas mourir et des films de merde qui n’en finissent plus.
JC triomphe une fois de plus et raccompagne galamment la cyborg (qu’on a du voir 10 minutes en tout et pour tout) chez ses scientifiques de parents. Le regard plein d’une tendre gratitude envers son sauveur, elle est alors frappée d’une soudaine lucidité et s’exclame en désignant JC :
« C’est étrange, j’ai l’impression que cet homme est le vrai remède aux malheurs de ce monde… ».
Tout est dit. Amen.
Romain
23:20 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Commentaires
Lol ! Le véritable Jean-Paul Olivier des films de merde, la mémoire des films oubliés....
Ecrit par : Alex | 02.12.2005
Je croyais naïvement que le "Superman belge" était Plastic Bertrand.
Ecrit par : CdM | 03.12.2005
Mea culpa, j'ai effectivement oublié le sigle copyright pour le "Superman belge©". Cette expression si chatoyante n'est évidemment pas de mon crû. J'espère que les inconditionnels de Pierre Desproges sauront, dans leur immense bonté, me pardonner cette faute.
Pour le reste, Plastic Bertrand s'étant fourvoyé dans de sombres émissions de télévision sur TF1, j'estime que le titre de "Superman belge©" revient logiquement à JC, guide spirituel des brebis égarées.
Ecrit par : Romain | 03.12.2005
"Hélas, mille fois hélas, le juge soviétique, imbibé d’une idéologie aussi douteuse que vacillante, ne lui avait accordé qu’un 5.1, note d’une sévérité inqualifiable au vu de la performance de JC lors de ce programme libre."
Elle est belle.
Chapeau bas.
Vivement la critique de "Crossroads"...
Ecrit par : PE | 05.12.2005
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