24.01.2006
Les événements 2006 (1)
"L'avenir à chaque instant presse le présent d'être un souvenir" (Louis Aragon)
Pour remettre à flots ce blog trop longtemps délaissé, rien de tel qu’une petite virée sur le guide Michelin du film de merde, le recueil Lebon de la daube en pellicule, j'ai nommé l’incontournable Allociné. Mis en appétit par les chatoyantes sorties de cette semaine, qui ont véritablement lancé l'année 2006, je vous propose aujourd’hui un aperçu des daubes en puissance qui vont inonder les écrans dans les prochaines semaines.
CHAOS. De Tony Giglio. Avec Jason Statham, Wesley Snipes, Ryan Philippe. Sortie le 18 janvier.
Synopsis officiel : Un matin à Seattle, cinq hommes cagoulés font irruption dans une banque et prennent employés et clients en otage. Lorsque la police arrive sur place et boucle le quartier, Lorenz, chef du gang, exige de ne s'entretenir qu'avec une seule personne : l'inspecteur Quentin Conners, suspendu de ses fonctions suite à une sérieuse bavure... C'est à contre-coeur que Conners accepte de reprendre du service, d'autant qu'il doit désormais faire équipe avec un tout jeune débutant dans la police, l'inspecteur Dekker...
Mon avis : Fortement encouragé par un ami cinéphile, j’ai eu le triste privilège de voir ce chef d’œuvre dès le jour de sa sortie, certes en VO mais sur les Champs-Elysées (on ne se refuse rien). Thriller fourre-tout, Chaos multiplie sans remord les clichés et les longueurs pendant 1h30, misant essentiellement sur le casting et sur le pseudo rebondissement de dernière minute pour éviter un renvoi au 22 qui le propulserait directement en vidéo. On découvre comment le soi-disant affrontement explosif entre Le Transporteur et Blade se révèle être finalement qu’une chasse patate avec un petit trapu au crâne dégarni en « Rabo » et un black vieillissant tout droit sorti d’un clip de Run DMC en AG2R. Du coup, profitant de l’apathie générale, Ryan Philippe tire son épingle du jeu et se relance brillamment dans la course au Razzy Award® du meilleur acteur.
Reconnaissons quand même un mérite à cet océan de chienlit et de n’importe quoi : lorsque des spectateurs
quelque peu irrévérencieux envers le septième art ingurgitent bruyamment leur jerricane de pop corn, vous empêchant de suivre correctement le film, vous ne prenez même pas la peine de les insulter et profitez même de l’occasion pour demander à votre voisin si le film est encore long… Bref, on s’attendait à rien, on n’a pas été déçu.
BANDIDAS. De Joachim Roenning et Espen Sandberg. Avec Salma Hayek et Pénélope Cruz. Sortie le 18 janvier.
Synopsis officiel : Mexique, 1880. Sara Sandoval est la fille d'un riche banquier. Maria Alvarez est la fille d'un pauvre fermier. Ces deux jeunes femmes, qui n'ont apparemment rien en commun, excepté leur culture mexicaine, sont entraînées dans la même aventure par le destin et les circonstances.
Avec l'aide de Quentin Cooke, un jeune et idéaliste inspecteur de police originaire de New York, elles vont s'opposer à Tyler Jackson, le représentant de la New York Bank and Trust. Celui-ci a monté un complot visant à saisir illégalement les terres des Mexicains afin de faire passer le chemin de fer...
Mon avis : Bénéficiant d’une esthétique visuelle exemplaire (Thierry Arbogast devrait sans problème recevoir le César de la meilleure photo), d’un scénario original et de dialogues incisifs à la sauce Audiard, Bandidas est sans conteste LE film de ce début d’année. Besson nous surprend une fois de plus en redonnant toutes ses lettres de noblesse à un genre –le western- souvent mis à mal ces dernières années. En superbe(s) forme(s), les deux héroïnes s’en donnent à cœur joie et nous entraînent dans un tourbillon d’action, d’humour et de charme, concoctant en 1h30 un cocktail explosif qui saura séduire toute la famille.
Mais ce feu d’artifice fait également la part belle à l’engagement politique habituel de Besson qui distribue avec
maestria quelques piques contre le capitalisme sauvage et nous incite à réfléchir aux conséquences désastreuses de l’appât du gain et de l’exploitation de la populace par le monde des affaires et les mass media… La bande-son énergique d’Eric Serra apparaît comme la cerise sur ce gâteau déjà bien garni qui nous fait sortir de la salle le sourire aux lèvres et le cœur léger. Bref, un film engagé et engageant dans la lignée d’un Taxi 2 ou d’un Yamakasi. On en redemande Môssieur Besson!
DONJONS ET DRAGONS – La puissance suprême. De Gerry Lively. Avec Marc Dymond, Clemency Burton-Hill, Bruce Payne. Sortie le 1er février.
Synopsis officiel: Damodar prend possession du Globe Noir, source des quatre éléments fondateurs : l'Eau, la Terre, le Vent et le Feu. Grâce à lui, il détient le pouvoir absolu et invoque le Dragon Noir pour détruire le royaume d'Ismir. Le déclin approche et une armée se met en place pour sauver les habitants, mais il reste peu de temps avant le réveil du Dragon.
Cinq combattants, Berek, Lux, Nim, Dorian et Ormaline, partent alors braver tous les dangers et résoudre les énigmes qui les mèneront au Globe avant qu'il ne soit trop tard...
Mon avis : Plébiscité par un nombre effrayant d’autistes s’adonnant aux joies des jeux de rôle, Donjons et Dragons avait déjà fait l’objet d’une première adaptation cinématographique il y a quelques années. Torpillé par les critiques, ce premier opus avait cependant réussi à trouver son public (plus d’un million d’entrées), probablement chez les jeunes à l’acné pustuleuse et à la chevelure dégoulinante d’huile qui passent leurs soirées à peindre des figurines Warhammer au lieu de lire le Bismarck de Lothar Gall (collection biographies Fayard).
Ces mêmes jeunes seront donc ravis de voir qu’on a remis le couvert et de constater que si le ridicule ne tue
pas en général, il arrive même à faire recette à Hollywood. Du coup, rebelote : la presse s’est fait plaisir en démantelant le donjon pierre par pierre et en flinguant le dragon en plein vol comme une vulgaire gallinette cendrée… Une boucherie. Même Première, pourtant habituellement d’une indulgence coupable, y est allé de son petit mot méchant. Au vu de cette prometteuse unanimité quant à la qualité de l’œuvre, ce Donjons et Dragons devrait éclabousser de toute sa classe le début 2006. A ne pas manquer.
INCONTROLABLE. De Raffy Shart. Avec Michaël Youn, Hélène De Fougerolles, Thierry Lhermitte. Sortie le 8 février.
Synopsis officiel : Imaginez. Un beau matin, votre corps décide de ne plus vous obéir. Pire, il n’en fait qu’à sa tête, prend un malin plaisir à vous mettre dans les situations les plus humiliantes, et passe son temps à vous vanner avec la voix de l’âne de Shrek ! Cet étrange phénomène, c’est ce qui arrive au pauvre Georges, devenu incontrôlable bien malgré lui…
Mon avis : Enfin. Enfin, Michaël Youn daigne revenir ensoleiller le septième art de sa divine présence. Après avoir fait oublier Clark Gable dans le rôle d’Iznogoud l’année dernière, le voici donc de retour sur nos écrans dans le rôle du malheureux Georges qui voit un jour son corps échapper à tout contrôle. Ce personnage qui semble tout en intériorité, bien loin des enfantillages de la Beuze, les 11 commandements et autres consorts, devrait révéler une nouvelle facette de Michaël au grand public. Enfin on l’espère. Pour lui. Ben oui, vu que monsieur l’artiste a souhaité se mettre en danger pour ce rôle en prenant 18 kilos en 2 mois afin de mieux correspondre au personnage qu’il devait incarner, il faut espérer que les recettes du film parviennent à couvrir les notes de frais du gastronome !
Je sens poindre un fond de consternation au fond de votre regard à la lecture de ces lignes. Comment peut-on
accepter de prendre 18 kilos pour jouer dans une merde pareille ? Evidemment, Shart n’est pas Scorcese, Le Morning Live n’est pas l’Actors Studio et Youn n’est (certainement) pas De Niro, mais enfin bon : Raging Bull a déjà été fait alors pourquoi pas tenter le coup avec un autre film ? Personne n’y croit mais peu importe, quelque soit l’issue, le nouveau régime alimentaire de Michaël, à base de Kebab, lui permettra de roter encore plus fort dans son mégaphone matinal !
4 films de merde en 3 semaines, que demande le peuple? En plus, avec de tels joyaux à l'affiche, les gens de la profession ne pourront pas dire que la qualité n'est pas au rendez-vous et que les gens ne vont voir que des choses légères! La poésie et le cinéma d'auteur ont encore de beaux jours devant eux, et ça, ça fait plaisir.
Romain
16:25 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note