01.02.2006

Le journal des sorties: Bandidas


 

"Quand on joue dans un western, on peut embrasser le cheval mais pas l'actrice" (Gary Cooper)


 
           En réponse aux nombreux courriers que vous nous avez envoyés, fustigeant le dédain avec lequel était traité Bandidas dans la dernière chronique, nous avons décidé de faire notre mea culpa et d’accorder à cette pépite toute la place qu’elle méritait dans nos colonnes. Prêts à tout pour satisfaire la soif insatiable de culture et de vérité de nos chers lecteurs, nous n’avons reculé devant rien, et sûrement pas devant l’indescriptible supplice d’une projection du film, qui n’a eu comme seul mérite de développer notre empathie christique au terme d'une expérience aussi douloureuse qu’une crucifixion.


                                                              La rédaction

 

 



BANDIDAS, Gaumont Parnasse, VO, coup d’envoi : 21h50, pelouse correcte, éclairage puissant, spectateurs : trop.


          Force est de reconnaître qu’au Gaumont Parnasse on fait les choses en grand. Non content de faire payer (au plein tarif pour certains flambeurs que je ne nommerai pas, par respect pour leur famille) les spectateurs dépressifs et/ou avinés qui vont voir des nanars un samedi soir, la direction se permet de vous balancer en apéritif des bandes-annonces au saumon (i.e. nos préférées), à savoir Incontrôlable et Zathura, sorte de Jumanji intergalactique sur lequel j’aurais sûrement l’occasion de revenir. Pour l'instant, place à la féérie avec Bandidas, le premier western poitrinaire.

 


          L’une des principales qualités des films engendrés par la famille Besson est de se passer volontiers de fioritures scénaristiques. Un film ne se construit pas autour d’une histoire ni autour des personnages ou encore moins autour de sentiments. Un film, ça ne se construit pas, ça se vend. Du coup, pour amortir le prix du billet, on rentre directement dans le vif du sujet. En 10 petites minutes, nous connaissons sous tous les angles (sauf, hélas, les plus coquins) Maria (Pénélope Cruz), qui voit son pauvre fermier de père assassiné et Sara (Salma Hayek) qui voit son riche banquier de père assassiné. Notons au passage que pour éviter une énième manifestation des agriculteurs à Strasbourg et les insultes des alter mondialistes, les scénaristes se sont empressés de faire ressusciter le vieux fermier, dont le pacemaker semble avoir été revigoré par la balle reçue en plein cœur. Mais revenons à nos jolis jupons.

 

 

« Et si on revendait, pour une poignée de dollars, la prisonnière du désert à un homme des hautes plaines, pacsé à un pale rider impitoyable de Brokeback mountain ? Ca serait cool, non ? »  


 

 

 


          Alors, en gros, l’histoire est la suivante. Un sous-fifre du Crédit Mut’ de NY sème la terreur dans les villages mexicains, flinguant et spoliant tous les péquenots afin de construire au plus vite le chemin de fer. Si ce genre de pratique pourrait être considéré comme un exemple de bienfaits de la colonisation, si chers à certains députés de la majorité, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit là d’un plagiat lamentable du synopsis d’Il était une fois dans l’Ouest. Le pauvre Sergio Leone doit se retourner dans sa tombe en voyant à quel niveau est retombé le western. Passons.

 

          Mues par des sentiments aussi contradictoires que stupides, les deux pornstars hispaniques se retrouvent à braquer la même banque. A en croire les quelques rires qui ont fusé dans salle, certains spectateurs ont trouvé cette rencontre hilarante. D’autres ont heureusement trouvé cette scène affligeante et symptomatique d’un cinéma régressif qui se complait à nous resservir sans scrupule les mêmes gags éculés. S’ensuivent évidemment les clichés rédhibitoires du buddy movie : disputes, bagarres, piques verbales et jalousie. Les dialogues, qui semblent écrits par une chroniqueuse de Modes et Travaux, donnent mal à la tête et tentent –en vain- de soutenir une histoire à dormir debout.

 

 


          Au milieu de la lutte farouche que je mène alors tant bien que mal contre l’envie de dormir, je me dis que le respect à la lettre du tryptique « first they meet, then they fight, and at the end, they fuck »© aurait eu du bon. Oh oui, une petite scène de pugilat saphique, boueux et humide aurait pu sauver le film. Imaginez : Salma Hayek et Pénélope Cruz se jetant l’une sur l’autre au beau milieu du désert mexicain… Un combat torride où les corps hâlés des deux señoritas dénudées se seraient entremêlés sauvagement, la sueur perlant goutte à goutte sur leurs poitrines suffocantes, où leurs mains avides de surmonter les différences sociales auraient violemment arraché les obstacles textiles à leur désir inassouvi. Le soleil brûlant aurait rapidement désarmé leurs dernières inhibitions, libérant ainsi leurs corps de tigresses de l’emprise de leurs esprits habituellement si vertueux et aurait recouvert la morale catholique -si chère au Mexique- d’un merveilleux voile de volupté. Rajoutez en fond sonore une troupe de mariachis jouant du Céline Dion et vous obtiendrez la plus belle scène éroticoquine de ces 20 dernières années… 

 


          Oui, mais non. De telles audaces cinématographiques sont inconcevables au pays de Besson. Donc au lieu d’approfondir la relation entre les deux héroïnes, on bombarde au premier plan un inspecteur new yorkais, jeune marié et bêta de service. En plus de son exceptionnelle capacité à vautrer les gags visuels, ce charmant minot a un autre violon d’Ingres : la police scientifique. Besson s’engouffre ainsi avec panache dans la brèche ouverte par TF1 et continue la déclinaison du concept de rat de laboratoire en képi. Après les experts à Las Vegas, les experts à Miami, les experts à Manhattan et les experts à la française (la série RIS), voici donc les experts font le Mexique ! A quand les experts contre Dr No ou les experts et les extra-terrestres ?

 

« Le western, ça ressemble au cholestérol : il y a un bon et un méchant » (Jean Lemieux)

 

 


          Le formidable trio se lance dans une série insipide de braquages de banque plus ridicules les uns que les autres. Ils deviennent les sauveurs des petits paysans mexicains à qui ils reversent toutes leurs primes de matchs, paysans qui peuvent enfin manger à leur faim tout en faisant la nique aux méchants capitalistes américains. Sara est tellement heureuse d’aider enfin le Mexique d’en bas qu’elle étale toutes ses connaissances en macroéconomie et nous gratifie d’un cours sur l’étalon-or extrêmement convaincant ! Il fait beau, il fait chaud et la révolution est en marche. Même les « jumeaux » de Salma Hayek semblent vouloir retrouver leur liberté et débordent allègrement du corset de la belle, pour notre plus grande joie de cinéphile, il faut bien le reconnaître. Symptôme identique chez la croustillante Pénélope Cruz qui voit sa robe de paysanne se rebeller et gagner peu à peu son indépendance vis-à-vis d’une poitrine que l’on entrevoit davantage à chaque scène…

 


Le film se termine en apothéose dans un train, au cours d’une scène qui a dû manger la moitié du budget en effets visuels, certes plutôt réussis mais totalement inutiles dans ce genre de navet. On découvre alors que le méchant n’était qu’un banquier renégat et que le patron du Crédit Mut’ of NY est un vieux monsieur, très gentil et philanthrope (craquage total pour un banquier), et qui, sans promettre le grand soir, offre à manger et à boire. Le méchant meurt, tué par celle qui ne savait pas bien tirer (quelle surprise), le peuple est en liesse (« Trop cool, on est pauvres ! »), l’inspecteur retrouve sa femme, au grand dam de Pénélope qui se lamente sur sa virginité persistante (pas crédible un instant), et nous on pousse un gros ouf de soulagement : on a franchi le Galibier. Rideau.

 

 

                                                                   Romain

 

 


BONUS: Bandidas, le phénomène de société.


          Un marketeur éclairé a eu l’idée géniale de créer un blog officiel pour Bandidas. Sur http://bandidas-lefilm.skyblog.com, vous découvrirez en détail toutes les ficelles scénaristiques de ce chef d’œuvre et vous comprendrez pourquoi tout le monde ne devrait pas avoir le droit de vote. Pour vous mettre l’eau à la bouche, voici un florilèges de commentaires laissés par des internautes qui se sont égarés sur ce site (je ne puis concevoir une telle démarche comme volontaire). Inutile de préciser que j’ai laissé inchangés la syntaxe et l’orthographe de ces traits d’esprit.

 

« TROOOOOOOOOOOOOOO bien!!!! merci besson »


                                   « so chic, so glam's, so fashion »


« salut les filles vous etes trop belle surtout toi pénélope je te kif »


                                   « VIVE BANDIDAS 1 PUR FILM »